L'histoire
1958 – 2008
Cinquante ans de jazz, de voyages et d'amitié.
L'Old School Band, c'est une histoire née à Genève et qui finira par parcourir le monde. Des caves de la Vieille-Ville au Victoria Hall, de Montreux aux États-Unis, de Dresde au Burundi, l'orchestre aura traversé un demi-siècle sans jamais perdre ce qui faisait sa raison d'être : le plaisir de jouer ensemble.
Au fil des années, il croisera quelques-unes des grandes figures du jazz, connaîtra les succès, les voyages, les fêtes et les disparitions, mais restera avant tout l'histoire d'une bande de musiciens et d'amis.
Cette histoire commence à Genève, au milieu des années 1950.

Tout commence à Saint-Antoine
Genève
Tout commence à la Servette, au Cercle de la paroisse Saint-Antoine. François Pesse, Jean-Luc et René Piller et quelques copains ont une idée pour animer la prochaine kermesse : « Et si l'on créait un orchestre ? » Il manque une batterie ? Hans Peterhans, marchand et réparateur d'instruments, leur en loue une pour vingt francs par mois. Elle rejoint le piano de la salle Caecilia, où les répétitions commencent tous les samedis.
La formation évolue déjà. Jean-Claude Pesse abandonne le violon pour le banjo, les musiciens découvrent peu à peu l'improvisation et le jazz New Orleans, et Reynold « Pops » Gysin rejoint l'aventure à la clarinette.
En 1958, à Vandœuvres, la bande se choisit enfin un nom. Pops, grand admirateur de Mezz Mezzrow, se souvient de Old School Blues. Le nom est adopté : The Old School Band est né.

Les premiers éclats
À peine baptisé, l'Old School Band veut se mesurer aux autres. Dès 1959, direction le Festival de jazz de Zurich. Pops pousse ses camarades, conseille, organise et entraîne cette bande de jeunes amateurs qui commence progressivement à se faire un nom dans le jazz suisse.
En 1961, l'OSB termine deuxième à Zurich ; Jean-Luc Piller obtient le deuxième prix de cornet-trompette et Pops le troisième prix de clarinette. L'année suivante, nouveau deuxième prix pour le groupe, tandis que Pops remporte cette fois le premier prix de clarinette.
Mais l'aventure se construit aussi sur la route. En 1962, un voyage conduit notamment l'OSB au château des Milandes de Joséphine Baker. Les déplacements sont encore artisanaux : une 4 CV, des pannes, et même un accélérateur réparé avec une corde de banjo. L'Old School Band n'est déjà plus seulement une bande de copains répétant à la Servette.

Jean-Luc
En août 1963, l'histoire de l'Old School Band est brutalement frappée par la mort de Jean-Luc Piller, victime d'un accident de moto à seulement 23 ans. Il était là depuis le commencement, avant même que l'orchestre ne porte son nom.
Pour ses camarades, le choc est immense. Mais il faut continuer. Francis Bonjour reprend la trompette et, quelques semaines seulement après la disparition de Jean-Luc, l'OSB remonte sur scène. À Zurich, le groupe obtient pour la troisième fois consécutive le deuxième prix.
La joyeuse aventure née quelques années plus tôt vient de connaître son premier drame. L'année suivante, l'Old School Band remportera enfin le Festival de Zurich.

Le temps des victoires
En 1964, après trois deuxièmes places consécutives, l'Old School Band remporte enfin le premier prix du Festival de jazz de Zurich. Une victoire qui confirme ce que le public genevois commence déjà à savoir : cette bande d'amateurs est devenue un véritable orchestre.
La même période multiplie les rencontres. L'OSB côtoie notamment le Golden Gate Quartet, l'un des ensembles vocaux américains les plus célèbres de son époque.
En 1965, la formation évolue encore avec l'arrivée de Jacques Lucas à la trompette et d'Arnold « Pétole » Hoffmanner à la basse. Les résultats, eux, ne changent pas : nouveau premier prix à Zurich en 1965, puis un troisième consécutif en 1966.
L'Old School Band commence à changer de dimension.

Les Vieilles Pierres, Antibes et Montreux
En 1966, l'Old School Band s'installe aux Vieilles Pierres, une cave voûtée qui devient pendant cinq ans et demi son terrain de jeu. Tous les vendredis et samedis, l'orchestre y accumule ce qu'aucun concours ne peut offrir : des centaines d'heures de scène devant un véritable public.
La même année, l'OSB représente la Suisse au Festival d'Antibes et joue avec Albert Nicholas, immense clarinettiste de La Nouvelle-Orléans qui avait accompagné King Oliver et Kid Ory. Une relation musicale et amicale s'installe et Nicholas reviendra jouer avec le groupe.
En juin 1967, François et Jean-Claude Pesse montent également sur la scène du Casino Kursaal pour la première édition du Festival de jazz de Montreux.
Moins de dix ans après avoir adopté son nom, l'Old School Band est désormais présent sur les grandes scènes du jazz suisse.

Sur les routes
À mesure que sa réputation grandit, l'Old School Band voyage. Les engagements se multiplient en Suisse et en France, notamment à Cuisery, au Diapason. Les déplacements se font dans un fameux bus Volkswagen violet portant fièrement le nom de l'orchestre.
Le groupe enregistre ses premiers disques et participe régulièrement aux festivals. À Genève, il devient aussi l'un des acteurs familiers du Jazz-Estival et ouvre La Boîte à Jazz, rendez-vous de musiciens et d'amoureux du genre au cœur de la Vieille-Ville.
Les formations changent : certains partent, d'autres arrivent. Mais autour de François et Jean-Claude Pesse, Pops Gysin et Jacques Lucas, un noyau particulièrement solide s'est installé.
Ce qui ressemblait encore quelques années auparavant à une aventure de jeunesse est devenu une part de la vie culturelle genevoise.

Quinze ans… avec un peu de retard
Pour son quinzième anniversaire, l'Old School Band veut frapper fort. Albert Nicholas doit en être le parrain au Victoria Hall. Mais quelques mois avant la fête, sa compagne téléphone à François : Albert est mort.
Impossible de remplacer en quelques semaines un homme avec lequel l'orchestre entretenait une telle relation. L'anniversaire est repoussé.
Lorsque la fête a finalement lieu au Victoria Hall, le 9 novembre 1974, Jack Rollan se charge de la présentation et ne résiste évidemment pas à la plaisanterie : « Comme de bons Suisses, ils attendent la seizième année pour fêter leurs quinze ans ! »
Martine Kay et Moustache participent également à la soirée. Le Victoria Hall est plein et deux disques garderont la trace de cette célébration.

Genève, la France… et Doc
L'Old School Band continue de vivre au rythme des clubs, des festivals et des voyages. À Genève, il s'installe notamment à la Brasserie Tivoli. En France, les escapades se succèdent : Bourgogne, Mâcon, Haut-de-Cagnes et son fameux Pied Bleu, où les liens avec les Bootleggers deviennent presque familiaux.
La formation continue elle aussi d'évoluer. Georges Bernasconi quitte la batterie et le jeune Thierry Schell rejoint l'orchestre.
Puis, durant l'été 1977, François assiste au Festival de Nice. Après un concert, on lui présente un trompettiste américain : Doc Cheatham. Les deux hommes sympathisent immédiatement. Quelques mois plus tard, de passage à New York, François retrouve Doc et lui propose une tournée en Suisse.
Au milieu de cette tournée, une date particulière se prépare : les vingt ans de l'Old School Band.

Vingt ans !
Doc Cheatham arrive à Genève accueilli en musique à l'aéroport, devant journalistes et caméras. François le conduit à son hôtel et lui donne rendez-vous pour la répétition. Mais Doc a d'abord une priorité : acheter une boîte de sardines, au cas où personne ne penserait à le nourrir après le concert — une habitude héritée, raconte-t-il, de Jo Jones.
Le Victoria Hall affiche complet pour le concert du vingtième anniversaire. Doc Cheatham est l'invité vedette d'une fête qui dépasse largement une seule soirée : parade à travers Genève, animations et grande journée populaire à Chêne-Bourg accompagnée d'un repas créole.
Et l'histoire devient encore plus improbable lorsque Nina Simone croise elle aussi celle de l'OSB — avec à la clé une mémorable dispute musicale avec François autour d'un si bémol et d'un mi bémol.
Vingt ans après Saint-Antoine, la petite bande de la Servette joue désormais avec quelques-uns des grands noms de la musique américaine.

Toujours plus loin
L'entrée dans les années 1980 ne ralentit rien. À Genève, Alfie's devient l'un des lieux associés à cette période. En 1981, l'orchestre enregistre King of the Zulus et voyage jusqu'à Dresde, derrière le rideau de fer, où il découvre un public immense et enthousiaste.
Mais une aventure autrement plus ambitieuse se prépare.
En 1982, l'Old School Band traverse l'Atlantique pour une tournée de plusieurs semaines aux États-Unis. Saint-Louis, Denver, Seattle, Boston, Washington, La Nouvelle-Orléans : pour ces Genevois qui jouent cette musique depuis près d'un quart de siècle, les noms jusque-là mythiques deviennent des étapes de tournée.
À Saint-Louis, leur premier concert américain se déroule comme dans un rêve : sur un véritable steamer, sur le Mississippi. Lorsque l'OSB attaque Saint Louis Blues lors du concert de clôture, le public se lève.

Un quart de siècle
Pour ses vingt-cinq ans, l'Old School Band retrouve le Victoria Hall avec Liliane Boutté, Doc Cheatham et Alan Frederickson, sous la présentation de Ricet Barrier. Un nouveau 30 cm accompagne le jubilé et le film tourné lors de la première tournée américaine est projeté pendant les festivités.
Mais cet anniversaire marque également la fin d'une autre histoire. Depuis vingt ans, l'OSB participe régulièrement aux Fêtes de Genève. Pour 1983, les organisateurs lui proposent un char au tarif « préférentiel » de 9 000 francs, pour un cachet total de 3 000. L'orchestre répond avec une lettre ironique et réclame... 10 000 francs. Il n'obtiendra jamais de réponse et ne participera plus aux Fêtes.
Le Conseil d'État refuse parallèlement l'organisation d'une parade en ville, qui « perturberait la circulation », mais offre une réception à l'hôtel Métropole.
Après vingt-cinq ans, l'Old School Band reste décidément difficile à faire entrer dans les cases.

Une nouvelle formation, puis l'Amérique
Après le jubilé, Eberhard Nolte quitte l'orchestre. Trouver un nouveau tromboniste n'est pas simple : un excellent musicien classique se révèle incapable d'improviser. Finalement, Jean Kadi rejoint l'OSB. Ses débuts sont laborieux, mais il travaille sans relâche, notamment Ory's Creole Trombone, et finit par gagner définitivement sa place.
Puis l'Amérique rappelle le Band.
Pops, lui, refuse catégoriquement d'y retourner, traumatisé à sa manière par les fontaines publiques américaines. Le clarinettiste français Bernard Plassy le remplace donc pour cette deuxième tournée.
Boston, Saint-Louis, Denver, Central City, Los Angeles, Phoenix sous 44 degrés, Scottsdale, Las Vegas, Grand Canyon, lac Powell, vallée de la Mort... L'aventure déborde largement des scènes de concert. François et Jacques Lucas prolongent même le voyage jusqu'à San Antonio puis Nashville et Lynchburg, avec un passage mémorable par la distillerie Jack Daniel's.

Trente ans… et plus tout à fait vingt
Pour son trentième anniversaire, l'Old School Band envisage d'abord de fêter l'événement sur le Léman, à bord d'un bateau de la CGN. Les tarifs font rapidement couler le projet. Pierre Bouru propose alors le Théâtre de Verdure.
Doc Cheatham accepte une nouvelle fois de rejoindre ses amis genevois. Mais le soir du concert, la météo s'en mêle et oblige tout le monde à se replier à la Salle Centrale. L'enregistrement réalisé ce soir-là sera médiocre, mais restera le seul connu avec Jean Kadi au sein de l'OSB.
François regarde alors son orchestre avec une certaine nostalgie. Trente ans ont passé. Les gamins enthousiastes des premières répétitions sont devenus, écrit-il, « des messieurs assagis ».
L'Old School Band continue. Mais le temps, désormais, fait lui aussi partie de son histoire.

Des adieux au Burundi
L'année est marquée par la disparition de Jean Kadi, mort à 43 ans. Le tromboniste, très amaigri par la maladie, avait encore joué lors d'un concert à Annemasse, secondé sur scène par Daniel Thomi. Ce dernier revient alors dans l'Old School Band après plusieurs années passées avec différentes formations européennes.
Quelques mois plus tard, changement total de décor. L'OSB part pour une tournée de quinze jours au Burundi, organisée avec l'Alliance française, la Sabena et des partenaires locaux afin de récolter des fonds pour les orphelins du sida.
À Bujumbura, les Genevois sont accueillis par les célèbres Tambourinaires du Burundi. Puis viennent les concerts : chaleur, humidité, instruments parfois improbables et un piano déglingué. Dans une ville universitaire, une foule se masse devant une salle dont beaucoup n'ont pas les moyens de payer l'entrée.
Une tournée très différente des festivals européens, et une rencontre que François décrira comme un contact avec « les racines du Jazz ».

Trente-cinq ans avec Pops
Pops est malade. Après plusieurs problèmes de santé, un nouveau médecin diagnostique un cancer du côlon et veut l'opérer rapidement.
Pops refuse :
« Pas question ! Pas avant les concerts du 35ème anniversaire ! »
Le médecin finit par céder.
Pour ces trente-cinq ans, François réunit une nouvelle fois quelques amis exceptionnels. Bob Wilber, clarinettiste et saxophoniste, ancien élève de Sidney Bechet, rejoint l'orchestre pour cinq concerts. À ses côtés, la chanteuse américaine Spanky Wilson et le fidèle Alan Frederickson.
Au Victoria Hall, Pops peut donc jouer cet anniversaire qu'il refusait de manquer.
François résumera ce moment en une phrase :
« Ce vieux Pops verra les anges ! »

Salut Pops
L'année suivante, Reynold « Pops » Gysin disparaît.
Il était arrivé au tout début de l'aventure, alors que l'Old School Band n'avait même pas encore de nom. C'est lui qui avait proposé Old School Band, lui qui avait poussé ses camarades vers les concours, notamment Zurich, et lui dont la clarinette et la personnalité avaient accompagné pratiquement toute l'histoire du groupe.
Pendant plus de trente-cinq ans, Pops avait été bien davantage qu'un clarinettiste : l'un des visages, l'une des voix et l'un des moteurs de l'orchestre.
Sa disparition laisse un vide immense.
Mais l'Old School Band, lui, continue.

« Indestructible… »
François ouvre ce nouveau chapitre avec une formule qui pourrait presque suffire :
« Pops n'est plus là… Le Old School Band, si ! Indestructible… »
En 1996, les musiciens prennent la route du Gers et de Marciac. Le festival n'est pas tout à fait leur jazz — François le trouve davantage tourné vers les vedettes du moment que vers le New Orleans — mais le voyage fournit évidemment son lot d'histoires.
Il y a les repas, une excursion à Lourdes, Jacques Lucas attablé devant son pastis au milieu des boutiques religieuses, et surtout une série de photographies réalisées dans la région.
Certaines seront bientôt utilisées pour le CD et les affiches du prochain grand rendez-vous de l'Old School Band.
Quarante ans approchent.
Quarante ans
Quarante ans après avoir adopté son nom, l'Old School Band célèbre son anniversaire pendant trois jours.
Le vendredi, rendez-vous au Théâtre de Verdure avec Liliane Boutté. Le samedi, la fête se poursuit au Château de Bossey. Et le dimanche, dès le matin, l'OSB retrouve la Promenade Saint-Antoine en compagnie du Vieux Carré et des New Orleans Jazz Babies.
Le président du Conseil d'État Gérard Ramseyer participe lui aussi aux festivités avec un discours que François apprécie particulièrement : pour une fois, l'orateur connaît réellement le jazz et l'histoire de l'orchestre dont il célèbre l'anniversaire.
Un nouveau CD accompagne ces quarante ans.
Le temps des premiers concours paraît désormais très loin. Pourtant, l'Old School Band est toujours sur scène.

Retour à Dresde
Près de vingt ans après son premier voyage à Dresde, l'Old School Band retrouve la ville. Mais cette fois, le mur est tombé et la RDA n'existe plus.
Le premier concert a lieu dans la même salle qu'en 1981. Sur la façade, une immense toile masque désormais les anciennes fresques célébrant le communisme. Le lendemain, l'orchestre retrouve également l'amphithéâtre du château. Le public est toujours nombreux, mais quelque chose a changé.
Le dimanche, une immense parade rassemble une trentaine d'orchestres sur des chars et plusieurs centaines de milliers de spectateurs dans les rues de Dresde.
François compare forcément les deux voyages. En 1981, les orchestres venus de Hongrie, de Pologne ou de Tchécoslovaquie avaient chacun leur couleur. En 1999, le dixieland lui semble davantage standardisé.
Même ville, même orchestre, autre monde.

Cinquante ans
Un demi-siècle après sa naissance, l'Old School Band célèbre ses cinquante ans avec trois concerts.
Au Théâtre de Verdure, Bob Wilber rejoint le Band et plusieurs anciens musiciens reprennent place sur scène. Romano Cavicchiolo, Georges Bernasconi et Pierre Bouru se retrouvent notamment à la batterie pour un spectaculaire Moppin' & Boppin'. Devant plusieurs milliers de personnes, l'orchestre rend également hommage à Pops avec Perdido Street Blues et Revolutionary Blues.
Le dernier concert, à Athenaz, dure trois heures et accueille notamment Liliane Boutté. Il donnera naissance à un double CD.
Cinquante ans après avoir choisi son nom à Vandœuvres, l'Old School Band fête son jubilé comme il a vécu toute son histoire : sur scène, entouré de ses musiciens, de ses amis et de son public.
1958 – 2008
Les concerts du 50e anniversaire referment l'histoire du Old School Band.
François Pesse, son fondateur, pianiste et chef d'orchestre pendant cinquante ans, nous a quittés en 2023. C'est lui qui, en écrivant cette saga, a voulu que cette histoire reste racontée.
